mardi, octobre 25, 2005

GOLFE DU MEXIQUE - L'or noir du fond des mers reste très convoité


















En dépit des récents cyclones Katrina et Rita, qui ont durablement affecté les activités pétrolières dans le golfe du Mexique, les grandes entreprises du secteur énergétique parient plus que jamais sur cette zone et repoussent les limites de prospection et d'exploitation.
"Pris ensemble, les ouragans Katrina et Rita ont endommagé plus d'installations de forage que n'importe quelle tempête, touchant deux zones du golfe du Mexique parsemées de plateformes de production et de puits de forage. Rita a frappé l'ouest du golfe après que Katrina eut sévi au centre. Or le golfe du Mexique fournit 29 % du pétrole du pays et 21 % du gaz naturel", note le Times Picayune, quotidien de La Nouvelle Orléans.

Le Financial Times faisait un constat identique quelques jours seulement après le passage du cyclone Rita qui avait atteint sa puissance maximale dans le golfe du Mexique le 22 septembre dernier. "Rita a causé plus de dégâts aux puits de forage que n'importe quel autre cyclone dans l'Histoire." C'est un peu comme si les deux ouragans s'étaient répartis des rôles : "L'itinéraire de Katrina a traversé les zones du golfe du Mexique où il y a principalement des plateformes d'exploitation pétrolière. En revanche, Rita est passé à l'ouest où il y a beaucoup d'activités de prospection", note le quotidien, citant ODS-Petrodata, une compagnie d'expertise des marchés pétroliers offshore.


Les opérateurs d'exploitation et les propriétaires de puits de forage accusent le coup porté par Rita. Cela se vérifie dans l'allongement des délais de livraison d'un puits de forage pour la prospection. "Les puits de forage coûtent entre 90 et 550 millions de dollars selon leur sophistication et la profondeur à laquelle ils opèrent. D'après les experts, un puits de forage commandé aujourd'hui ne sera pas prêt avant 2008", rapporte le FT.

Le Times Picayune souligne que l'exploitation de pétrole et de gaz dans le golfe du Mexique est toujours ralentie, après avoir chuté à la suite du cyclone Katrina à la fin du mois d'août. "Jusqu'à aujourd'hui, près de 71 % de la production journalière pétrolière dans le golfe du Mexique, soit 1,06 million de barils, fait toujours défaut, d'après les autorités fédérales américaines."

"La question essentielle qui se pose est désormais de savoir si les besoins énergétiques de la nation doivent être assurés en augmentant la production intérieure ou bien en encourageant les économies d'énergie afin de limiter la consommation", note The New York Times. Pour qui, "étant donné les dégâts causés par les deux cyclones et vu que le volume de production actuel demeure toujours très en dessous de son niveau d'avant la catastrophe, on peut s'interroger s'il y a un intérêt de continuer à déployer beaucoup de moyens dans une région à haut risque".

Une question à laquelle les états-majors des grandes entreprises du secteur répondent par l'affirmative. En fait, les compagnies pétrolières sont prêtes à investir encore plus qu'avant, car sous les flots du golfe du Mexique se cachent des réserves séduisantes estimées à 71 milliards de barils de pétrole et de gaz. "80 % de ces réserves restent à découvrir, principalement en eaux profondes".

"Mais le golfe du Mexique n'est pas la seule région que l'industrie veut exploiter. Les compagnies pétrolières font pression pour avoir le droit de forer dans des zones qui leur sont interdites depuis deux décennies, relançant le débat sur l'interdiction fédérale de prospecter les eaux proches des côtes des Etats-Unis." The New York Times précise ainsi que, depuis 1981, les côtes de la Californie, de la Géorgie au Maine et une partie du golfe du Mexique proche de la Floride sont protégés de toute nouvelle exploration.

La polémique sur la limitation ou non des activités énergétiques offshore est en outre alimentée par les progrès réalisés dans les technologies de forage, dont le navir e de prospection en grande profondeur "Deepwater Millenium" est l'un des fers de lance. The New York Times décrit ce bâtiment comme étant "de la taille de deux terrains de football avec un grand trou dans sa coque et un derrick de 200 pieds [61 mètres] de hauteur à bord. Grâce à sa capacité d'opérer jusqu'à une profondeur de 10 000 pieds [environ 3 000 mètres], le ‘Deepwater Millenium' est considéré comme la Cadillac de la prospection pétrolière et gazière en permettant aux compagnies de chercher des ressources énergétiques dans des endroits lointains ou profonds jusqu'ici inaccessibles." Maintenant que la technique est là, les compagnies pétrolières veulent donc que le droit suive, car, selon leurs dirigeants, "l'exploitation des gisements en eaux profondes est le véritable moteur à venir de la croissance de leurs activités".

"Les dizaines de plateformes qui opèrent dans les eaux les plus profondes se sont transformées en l'un des plus importants moteurs du secteur de l'énergie aux Etats-Unis", constate The New York Times.
Philippe Randrianarimanana -Courrier International

1 Comments:

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